Comment préparer sa retraite quand on est salarié cadre ?
Retraite & épargne salariale
Hugo Addenet
3/13/2026
Vous êtes cadre, vous gagnez bien votre vie, vous cotisez depuis des années. Et pourtant, votre retraite ne ressemblera pas à votre salaire actuel. Loin de là.
Le système de retraite français, fondé sur la répartition, garantit une pension mais pas un niveau de vie. Pour les cadres et hauts salaires, le taux de remplacement est structurellement faible. Et les projections du Conseil d'Orientation des Retraites (COR) montrent qu'il va continuer à baisser dans les prochaines décennies.
Anticiper sa retraite n'est pas un luxe. C'est une nécessité, surtout quand on a atteint un certain niveau de revenus. Dans ce guide, nous expliquons le fonctionnement du système de retraite, pourquoi les cadres sont particulièrement exposés, et quels leviers actionner pour maintenir son niveau de vie à la retraite.
SOMMAIRE
I. Le système de retraite français : fonctionnement et enjeux
II. Pourquoi les cadres sont particulièrement exposés ?
III. Les leviers pour préparer sa retraite
I. Le système de retraite français : fonctionnement et enjeux
A. Le principe de la répartition
Le système de retraite français repose sur le principe de la répartition : les cotisations versées par les actifs aujourd'hui financent les pensions versées aux retraités aujourd'hui. Il n'y a pas de capitalisation individuelle. Vous ne récupérez pas "vos" cotisations, vous participez à un système collectif de solidarité intergénérationnelle.
Ce système présente un avantage majeur : la pension est garantie quelles que soient les conditions des marchés financiers. Mais il présente une vulnérabilité structurelle : son équilibre dépend du ratio entre le nombre de cotisants et le nombre de retraités. Ce ratio se dégrade inexorablement depuis plusieurs décennies.
B. Les 2 piliers obligatoires du cadre salarié
Un cadre salarié du secteur privé cotise à 2 régimes obligatoires :
• La retraite de base (Sécurité Sociale) : plafonnée au PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale, fixé à 48 060 € en 2026). La pension de base est calculée sur la moyenne des 25 meilleures années de salaire, dans la limite du PASS. Le taux plein est de 50 %.
• La retraite complémentaire Agirc-Arrco : fonctionne par accumulation de points. En 2026, la valeur d'achat du point est de 20,19 € et la valeur de service du point est de 1,44 €. Pour un cadre, cette retraite complémentaire représente souvent 60 à 70 % de sa pension totale, voire davantage pour les hauts salaires.
La conséquence directe pour un cadre avec un salaire supérieur au PASS (4 005 €/mois en 2026) : la retraite de base ne couvre qu'une fraction de son ancien revenu. L'essentiel de sa pension vient de l'Agirc-Arrco, un régime par points dont les revalorisations ne sont pas garanties. En novembre 2025, pour la première fois depuis 30 ans, les partenaires sociaux n'ont pas réussi à s'accorder sur une revalorisation des points Agirc-Arrco.
C. L'âge de départ en 2026
Depuis la réforme des retraites de 2023, l'âge légal de départ est progressivement relevé à 64 ans (pour les générations nées à partir de 1968). L'âge du taux plein automatique sans conditions de trimestres reste fixé à 67 ans.
En 2026, l'âge moyen effectif de départ à la retraite est de 63 ans et 3 mois selon la DREES, soit 2 ans plus tard qu'en 2010. La tendance est claire : on part plus tard, et on perçoit une pension plus longtemps.
II. Pourquoi les cadres sont particulièrement exposés ?
A. Un taux de remplacement structurellement faible
Le taux de remplacement mesure le rapport entre la première pension perçue et le dernier salaire. C'est l'indicateur clé pour mesurer le « choc de revenus » à la retraite.
Concrètement : un cadre percevant 8 000 € nets par mois peut espérer une retraite totale de 3 500 à 4 500 € selon sa carrière. L'écart mensuel est de 3 500 à 4 500 €. Sur 20 ans de retraite, c'est un manque à gagner de 840 000 € à 1 080 000 € en valeur nominale.
B. Les projections inquiétantes du COR
Selon les projections du COR, le taux de remplacement des cadres du secteur privé va continuer à baisser :
• Génération 1980 : taux de remplacement cadre estimé à environ 50 %
• Génération 2000 : taux de remplacement cadre projeté à environ 42 %
Ces projections s'expliquent par plusieurs facteurs combinés : l'allongement de l'espérance de vie qui augmente la durée de versement des pensions, la dégradation du ratio actifs/retraités, et la modération des revalorisations des pensions pour préserver l'équilibre financier du système.
C. Les spécificités du cadre qui aggravent l'écart
Plusieurs caractéristiques propres aux carrières cadres amplifient l'écart à la retraite :
• Des études longues : chaque année d'étude supérieure est une année non cotisée. Un ingénieur diplômé à 24 ans commence à cotiser 6 à 8 ans après un salarié sans diplôme, pour un nombre de trimestres à valider identique.
• Des périodes d'expatriation : fréquentes dans les carrières cadres, elles peuvent créer des lacunes dans les droits à la retraite française si elles ne sont pas anticipées.
• Une progression salariale tardive : le calcul de la retraite de base sur les 25 meilleures années intègre des années de début de carrière à salaire modeste, qui tirent la moyenne vers le bas.
• Un plafonnement de la retraite de base : au-delà du PASS, chaque euro supplémentaire de salaire ne génère pas de droits à la retraite de base. Seule l'Agirc-Arrco couvre la tranche supérieure, et dans des proportions bien moindres.
Taux de remplacement estimés (base + complémentaire, carrière complète) :
→ Salarié non-cadre : environ 74 % (génération 1963)
→ Cadre salarié : inférieur à 60 %
→ Cadre supérieur (salaire > 2× PASS) : souvent entre 40 et 50 %
Source : Rapport annuel du Conseil d'Orientation des Retraites – Juin 2025
III. Les leviers pour préparer sa retraite
A. Le PER : le levier fiscal prioritaire
Le Plan d'Épargne Retraite (PER) est le dispositif le plus efficace pour un cadre salarié souhaitant préparer sa retraite tout en réduisant sa pression fiscale immédiatement.
Fonctionnement
Les versements sur un PER individuel sont déductibles du revenu imposable, dans la limite d'un plafond annuel. Pour un salarié, ce plafond est le plus élevé entre 10 % des revenus professionnels nets de l'année précédente (dans la limite de 8 PASS) ou 10 % du PASS.
Les sommes versées sont bloquées jusqu'à la retraite (sauf cas de déblocage anticipé : achat de résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement). À la sortie, le capital peut être récupéré en rente, en capital ou en combinant les 2.
L'avantage fiscal immédiat
La fiscalité à la sortie
À la retraite, le capital récupéré est imposé à l'IR (sur la part correspondant aux versements) et les plus-values au PFU de 31,4 %. Mais à la retraite, la TMI du cadre est souvent nettement plus basse qu'en activité, ce qui crée un différentiel fiscal favorable sur toute la durée d'épargne.
B. Le PEA : l'enveloppe bourse à long terme
Le Plan d'Épargne en Actions (PEA) permet d'investir en actions européennes dans un cadre fiscal très avantageux sur le long terme. Après 5 ans de détention, les plus-values et dividendes sont exonérés d'impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus).
• Plafond de versements : 150 000 € sur un PEA classique.
• Meilleur véhicule pour investir sur les marchés actions à long terme.
• Complémentaire au PER : le PEA n'est pas dédié à la retraite mais sa fiscalité en fait un excellent outil d'accumulation.
Un cadre qui ouvre un PEA à 35 ans et verse régulièrement peut espérer, sur 25 ans avec un rendement annuel moyen de 7 %, constituer un capital de 200 000 à 400 000 € selon les versements, avec une sortie quasiment peu fiscalisée.
C. L'assurance-vie : la souplesse et la transmission
L'assurance-vie reste le placement préféré des Français pour de bonnes raisons. Sa fiscalité privilégiée après 8 ans de détention (abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple) en fait un outil complémentaire au PER et au PEA.
Pour la retraite, l'assurance-vie présente 2 avantages distincts :
• Les possibilités de déblocage : rachat partiel, rachat total ou même sortie en rente viagère (attention à cette dernière option car votre épargne ne vous appartiendra plus mais en contrepartie l'assureur vous versera un revenu régulier jusqu'à votre décès).
• La transmission au décès est optimisée (abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans), ce qui en fait aussi un outil de transmission patrimoniale.
D. L'immobilier locatif : constitution d'un patrimoine tangible
L'investissement immobilier locatif reste un pilier classique de la préparation à la retraite. À l'horizon de la retraite, un bien immobilier acquis à crédit pendant la vie active peut générer des revenus complémentaires une fois le crédit remboursé.
• Le LMNP (Loueur Meublé Non Professionnel) : fiscalité très favorable via l'amortissement du bien, qui peut annuler la fiscalité des revenus locatifs pendant de nombreuses années.
• Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) : permettent d'investir dans l'immobilier professionnel sans gestion directe, avec des tickets d'entrée accessibles et une mutualisation du risque.
L'immobilier locatif présente un avantage psychologique important pour de nombreux cadres : la tangibilité. Contrairement à un portefeuille financier, un bien immobilier est visible et compréhensible. Il constitue également un actif transmissible. Attention néanmoins aux impacts fiscaux de l'immobilier locatif notamment si vous détenez les biens en direct. La fiscalité peut dépasser les 63% sur vos revenus fonciers.
E. L'épargne salariale : ne pas laisser d'argent sur la table
Beaucoup de cadres sous-utilisent leur épargne salariale. C'est une erreur, car c'est l'une des seules sources d'épargne avec abondement employeur, autrement dit de l'argent gratuit.
• Le PEE (Plan d'Épargne Entreprise) : les sommes versées sont bloquées 5 ans. L'abondement de l'employeur peut représenter jusqu'à 3 fois les versements du salarié, dans la limite de 3 519 € en 2026.
• Le PERCOL (ex-PERCO) : fonctionne comme un PER collectif. Versements bloqués jusqu'à la retraite sauf cas de déblocage anticipé. Idéal pour accumuler des droits complémentaires à long terme.
Règle de base : versez toujours le montant minimum permettant d'obtenir l'abondement maximum de votre employeur. C'est un rendement immédiat de 100 à 300 % sur les sommes versées.
Exemple concret : Cadre 42 ans, TMI 41 %
Salaire net imposable : 85 000 €/an
Plafond de déduction PER : 10 % × 85 000 € = 8 500 €
Économie fiscale immédiate : 8 500 € × 41 % = 3 485 €/an
Sur 20 ans à 41 % de TMI : 69 700 € d'impôts économisés
(hors capitalisation des sommes investies)
IV. Application concrète : le cas de Julien, cadre 45 ans
Julien, 45 ans, directeur commercial dans une ETI lorraine. Il gagne 7 500 € nets par mois. Il a deux enfants. Son patrimoine actuel : résidence principale acquise il y a 8 ans, 22 950 € sur un livret A (plafond atteint), 15 000 € sur un PEE non optimisé. Aucun PER, aucun PEA.
Il part à la retraite à 64 ans dans 19 ans.
Estimation de sa retraite sans action
Les 4 actions mises en place
① PER : versement de 6 000 €/an → économie fiscale immédiate 2 460 €/an (TMI 41 %). Capital constitué à 64 ans : c. 230 000 € (hypothèse 5 % de rendement annuel moyen)
② PEA : ouverture avec 5 000 €/an sur des supports diversifiés → capital estimé à 64 ans : c. 190 000 € (hypothèse 7 % de rendement annuel moyen)
③ SCPI démembrées en direct : acquisition de la nue-propriété pour 22 000 € (livret A redéployé). Aucun revenu foncier pendant 19 ans, donc aucune fiscalité en activité. Pleine propriété récupérée à la retraite avec des distributions estimées à c. 180 €/mois à une TMI plus basse
④ Maximisation de l'abondement employeur sur PERCOL : 2 400 €/an versés, abondement employeur 150 % = 3 600 €/an de capital annuel. Capital estimé à 64 ans : c. 125 000 €
Résultat global à 64 ans
Retraite estimée sans optimisation :
Retraite de base (plafonnée au PASS) : environ 1 800 €/mois
Retraite complémentaire Agirc-Arrco : environ 1 700 €/mois
Pension totale estimée : c. 3 500 €/mois nets
Taux de remplacement : 47 % (vs 7 500 € actuels)
Choc de revenus mensuel : − 4 000 €/mois
Situation optimisée :
Pension obligatoire : 3 500 €/mois
Rente PER (capital 230 K€ converti en rente) : + 700 €/mois
Revenus SCPI démembrées : + 180 €/mois
Revenus PEA disponibles : capital de 190 K€ à disposition
Capital PERCOL : 125 K€ à disposition
Revenu mensuel garanti : c. 4 380€/mois, soit un taux de remplacement de 58 %
Capital disponible en complément : c. 315 000 €
Coût fiscal réel de ces 4 actions : environ 8 900 €/an après économie fiscale PER
V. Les erreurs les plus fréquentes
1. Commencer trop tard
L'effet de la capitalisation à long terme est exponentiel. Commencer à 45 ans plutôt qu'à 35 ans, c'est perdre 10 ans de rendements composés. Sur 10 ans supplémentaires à 6 % de rendement annuel, un capital de 100 000 € double quasiment (x1,79). Chaque année de retard a un coût réel.
2. Laisser l'épargne sur le livret A
Le livret A rapporte 2,4 % en 2026. L'inflation sur longue période érode le pouvoir d'achat de cette épargne. Un livret A plein (22 950 €) est de l'épargne de précaution, soit l'équivalent de 3 à 6 mois de dépenses courantes. Au-delà, l'argent doit travailler dans des enveloppes adaptées (PER, PEA, assurance-vie).
3. Ne pas diversifier les enveloppes
PER, PEA et assurance-vie ont des fiscalités et des contraintes de liquidité différentes. Les utiliser de manière complémentaire permet d'optimiser la fiscalité à l'entrée (PER), à la sortie (PEA après 5 ans) et d'avoir de la souplesse (assurance-vie). Concentrer toute son épargne dans une seule enveloppe est une erreur de construction patrimoniale.
4. Négliger l'épargne salariale
L'abondement employeur est l'un des rares placements à rendement garanti et immédiat. Ne pas en profiter, c'est refuser une augmentation de salaire indirecte. Vérifiez systématiquement les conditions de votre accord d'entreprise.
5. Ne pas adapter sa stratégie à son horizon
À 35 ans, on peut accepter une allocation 100 % actions avec une forte volatilité. À 58 ans, à 6 ans de la retraite, il est temps de sécuriser progressivement les gains. Beaucoup de cadres restent trop longtemps sur des allocations agressives, ou au contraire trop longtemps sur des allocations trop prudentes. La gestion pilotée horizon retraite (disponible sur la plupart des PER) permet d'automatiser ce rééquilibrage.
Conclusion
La retraite d'un cadre salarié ne ressemblera pas à son salaire actuel. C'est une certitude mathématique. Le système par répartition garantit une pension. Mais pas un niveau de vie.
La bonne nouvelle : les leviers existent, ils sont accessibles, et leur efficacité est d'autant plus forte qu'on les actionne tôt. PER, PEA, assurance-vie, épargne salariale, immobilier : chaque enveloppe a son rôle dans une stratégie d'ensemble cohérente.
Le plus grand risque n'est pas de choisir le mauvais produit. C'est de ne rien faire, en se disant que c'est trop tôt, trop compliqué, ou que ça attendra. À 55 ans, les marges de manœuvre sont limitées. À 40 ans, tout est encore possible.
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